La fin du voyage du samedi 28 au lundi 30 juin [arrivée à Longyearbyen Mercredi 2 juillet]

Samedi la journée se traine un peu en longueur. Nous n ´aurons pas l´occasion de faire beaucoup de comptages aujourd'hui´hui, en fait même pas dix! Ce matin le câble du CTD a cédé et il faudra deux heures pour en re-tester un avant de reprendre le prélèvement et la progression du bateau.
De plus ce soir, de 18 à 24 heure, il y a grill sur le pont. Après le CTD de midi à quatorze heure, le bateau n´avance qu´à toute petite vitesse pour atteindre à 18 heure le point CTD suivant, là où le BBQ se fera. Pendant cette progression quelques macareux curieux viennent de temps en temps faire deux-trois tours autour du bateau. Il y avait ce matin aussi trois Guillemots à miroir posés tout près du navire mais sinon, pour notre ordinaire, nous devons nous contenter de fulmars, mouettes tridactyles et guillemots de Brunnich.
Mais tout espoir n´est pas encore perdu nous approchons de la zone où il y a trois ans les baleines avaient été vues en nombre et je suis donc un peu impatient de reprendre les observations, mais ce sera pour demain dimanche.
Et bien, ce fut pour samedi en soirée. Durant le BBQ, alors que je tenais le bar entre 18 et 19 heure, deux-trois petits rorquals sont apparus près du bateau. Ils ne seront pas notés dans nos comptages puisque le Polarstern est à l´arrêt mais cela fait tout de même bien plaisir d´enfin revoir des baleines que nous cherchions depuis si longtemps maintenant...

Dimanche matin très tôt, encore des cétacés, cette fois ce sont des Lagénorhynches à bec blanc. Seul Bert, qui était de quart, a pu les observer. Nous avons changé de masse d´eau et nous sommes maintenant revenus dans des eaux atlantiques, légèrement plus chaudes, et nous avons aussi traversé la dorsale mi-Atlantique. La présence de cétacés est certainememt liée à cela, espérons que cela va durer et que les derniers jours seront plein de souffles et de dorsales plus ou moins proches.
Dimanche, il nous est demandé de faire une synthèse des premiers résultats de la mission. J´ai chargé Bart et Bert de préparer la présentation pour cette après-midi. Je me charge de rédiger un rapport pour le lendemain.
Jusquà ce jour (lundi vers 12 heure) nous avons fait environ 345 comptages d´une demi-heure. Observés 40 espèces d´oiseaux et 11 espèces de mammifères. Parmi les oiseaux , 27 espèces ont été vues en Mer du Groenland et pour les mammifères, 9 espèces. L´espèce la plus commune, et de loin, est le Fulmar, suivi du Mergule nain et de la Mouette tridactyle. C´est le trio de tête habituel des comptages dans l´Arctique, notre quatrième espèce est le Goéland bourgmestre ce qui n´est pas habituel. Normalement le Guillemot de Brunnich, le Macareux moine et le Guillemot de Troil sont plus abondants. Peut-être l´abondance particulièrement élevée du bourgmestre, espèce opportuniste, est-elle le reflet de changement en cours? Il faudra d´abord que nos observations et chiffres soient confirmés lors de la deuxième partie de la mission qui se déroulera du 4 juillet au 12 août avant d´essayer de tirer des conclusions.
La nuit dernière et ce midi, nous avons enfin pu ajouter des baleines dans nos comptages. Il s´agissait chaque fois d´un Rorqual commun. Ce n´est pas encore la Baleine bleue mais c´est tout de même le deuxième plus grand animal sur terre. Avec ces deux individus nous avons certainement vu en quelques instants plus de biomasse que lors de tout le reste du voyage! Les fulmars sont aussi devenus très abondants, ainsi lors du dernier arrêt pour CTD j´en ai compté pas moins de 320 derrière et autour du bateau. Il faut dire que l´on venait de jeter les poubelles (organiques) à la mer et que cela doit les attirer.
Cette fin d´après-midi ou ce début de soirée nous en aurons enfin fini avec les prélèvements CTD et nous devrions alors nous diriger vers le NNW en direction de Longyearbyen où nous devrions arriver mercredi matin. Je crois que je vais rester éveiller ces dernières trente-six heures pour ne pas rater la moindre Baleine du Groenland qui passerait par là...

24 , 25 et 26 juin

Le reste de la journée de mardi 24 juin se déroule à faire des CTDs et des collectes des jojos et donc sans rien de particulier à raconter, sauf que Bert a oublié de me relever de mon quart pour que je puisse aller souper. Cela m´a mis de mauvaise humeur, alors j´ai décidé de modifier les heures en reportant de quatre heures les shifts. Je n´aurais plus de problèmes pour aller manger dorénavant...Ah oui aussi, plus tard dans la soirée lors d´un arrêt, tout d´un coup quatre Oies à bec court viennent se poser près du bateau, c´est tout de même étonnant parce que on ne doit pas être sur un axe normal de déplacement pour elles...La suite du long, long transect du 75ième
Mercredi 25 juin le bateau fait des aller-retour sur le 75ième degré Nord. Nous relevons des jojos, nous repartons vers l´Ouest pour faire des CTDs que nous n´avions pas fait et ensuite nous nous redirigerons vers le point de redéploiement du Yoyo pour après repartir vers l´Est. Si vous n´avez pas tout compris, ce n´est pas grave, nous non plus!
Lors de chaque déplacement nous faisons des comptages par période d´une demi-heure. Mais en fait pourquoi faisons-nous ces comptages? Les objectifs de cette mission sont de quantifier en Mer du Groenland la distribution des oiseaux et des mammifères marins et cela en fonction des principaux paramètres hydrologiques (température de l´eau, salinité) qui caractérisent les principales masses d´eaux (eaux atlantiques, polaires, pack-ice) et les fronts aux limites de ces masses et entre la glace et l´eau libre. Les données que nous allons collecter seront discutées comme représentatives de la disponibilité en nourriture pour les vertébrés supérieurs dans ces masses d´eau. Il faut aussi savoir que notre suivi fait partie d´une exceptionnellement longue série d´observations qui a débuté en Mer du Groenland en 1973 déjà. Nous espérons donc que nos données vont contribuer à une évaluation des effectifs et permettront de discuter des évolutions historiques en tenant compte des changements globaux en cours et en particulier de l´évolution de l´étendue du pack que l´on s´attend à observer.
Jeudi matin le programme des sondes hivernales (Jojos et Yoyo) est terminé. Nous allons maintenant nous diriger vers l´Est jusqu´à environ 17° de longitude Est en faisant des prélèvements CTDs tout les 10 miles nautiques et puis nous remonterons vers Longyearbyen au Svalbard, sans doute à partir de lundi.
Une seule petite exception à cela, c´est qu´il y avait aussi un petit transect transversal de prévu et que sur celui-ci les hydrologistes ont observé une petite anomalie, alors hop, deux nouveaux CTDs pour essayer de confirmer... nous espérons beaucoup quíls ne vont pas nous trouver beaucoup de ces petites anomalies parce que cela fait maintenant 4 jours que nous trainons exactement dans la même zone.
La journée de jeudi n´a rien apporté de nouveau. Nous n´avons toujours vu aucune baleine ou cétacé en Mer du Groenland. Néanmoins Klaus, un des deux météorologistes à bord, a vu ce matin ce qu´il pense être un globicéphale.
Depuis hier, et aujourd´hui toute la journée, nous avons été accompagné par un immature de Goéland brun, il a recu le surnom de “Fusky” en référence au nom latin de son espèce. Il profite de chaque arrêt du navire pour glaner un peu de nourriture et se pose régulièrement à la proue. Va-t-il nous accompagner jusqu´au Spitsberg?.Eh bien vendredi matin nous avons la réponse, c´est non! Cette nuit il y avait du brouillard assez dense et Fusky n´a sans doute pas réussi à retrouver le bateau, le voici perdu en Mer du Groenland. Ce matin nous avons aussi enfin traversé la longitude 0°.

Mercredi 18 , jeudi 19, vendredi 20 et matin du samedi 21 juin , les côtes groenlandaises ...

Les côtes groenlandaises et donc après moins d´une demi-heure nous voyons des traces fraiches d´un ours sur la glace. Trois heures plus tard, lors de mon quart je vois quelque chose de blanc qui flotte dans l´eau, je pense d´abord à un Bélouga mais en regardant un peu mieux il s´agit d´un ours adulte qui nage et qui va traverser la course du navire. J´essaye de prévenir tout le monde mais c´est juste le moment où (entre 19.00 et 19.15 précise, je vous rappelle qu´on est sur un bateau allemand) le magazin ouvre et donc je ne trouve presque personne... le bateau passe à quelques dizaines de mètres de l´ours qui s´éloigne tranquillement. Bart est sur le pont extérieur et est un des rares à voir l´ours, Bert est au magasin et fait partie de la majorité qui ne voit pas l´ours!
Nous continuons les comptages jusqu´à environ 3.00 du matin lorsque le bateau s´arrête. Une équipe de géodésistes va placer toute une série de points de références avec GPS et remote sensing le long des côtes du Groenland. Pour cela ils partent avec les deux hélicoptères et le Polarstern reste sur place en attendant leur retour. Durant cette première partie de la mission il y aura trois sites d´arrêt, séparés chaque fois d´environ 1° de latitude (ca 110 km), le long des côtes du Groenland. Lors du deuxième leg il y aura à nouveau quatre points d´arrêt, plus au nord et avec un recoupement pour notre point le plus septentrional.
Cela nous permet d´approcher de tout près les côtes et donc de voir de nouvelles espèces. Il n´y a pas de comptage, puisque le bateau est à l´arrêt, mais lorsque je prends mon quart à quatre heure j´observe sur la glace une vingtaine de phoques dispersés, tous très loin et semblant être des Phoques annelés. Il y en un qui est un peu plus gros et avec la longue-vue on peut voir que c´est un Phoque du Groenland. Juste après, avec la longue-vue toujours, je trouve sur la glace côtière une femelle d´ours avec ses deux jeunes. Il est temps de réveiller Bert! Après quelques recherches un peu nerveuses il les observe lui aussi.
Nous resterons jusqu´à dix heure du matin sur place, Faucon gerfaut, Grand Labbe, Harelde de Miquelon, Eider, Bécasseau violet venant parader face au bateau s´ajoutent à la liste des oiseaux observés dans les eaux polaires. Il y a aussi quelques labbes à longue queue, des Goélands bourgmestre, des Mouettes tridactyles, des Mergules, et des fulmars formes claires et sombres.
Juste avant que le bateau ne quitte ce premier point un autre Phoque nage près du bateau, un Phoque barbu, jeune ou femelle, cette fois-ci... la liste des phoques progresse elle aussi!
Le reste de la journée nous progressons de 10 miles nautiques en 10 miles nautiques avec des prélèvements d´eau (CTD) à chaque point d´arrêt. Nous reverrons quelques phoques barbus, un Phoque du Groenland et un ours lointain ainsi que relativement peu d´oiseaux mais parmi eux nos premiers guillemots à miroir, deux guillemots de Brunnich et un Goéland sénateur.
En fin de journée vers 20.00, nous sommes à nouveau à l´arrêt pour 6-7 heures, les hélicoptères viennent de repartir. Durant le dernier trajet un superbe Morse posé sur la glace, nous avons pu en faire des photos; avec le Goéland sénateur et des Guillemots à miroir en plus, pas mal comme journée du point de vue biodiversité arctique!

16 et 17 juin 2008. Départ et premières navigations

En route vers le Groenland et sa mer glacée La journée de lundi ne fut pas exceptionnelle sauf par la traversée du cercle polaire arctique vers 23.00. Cela fait le deuxième cercle polaire que je traverse en un peu plus de 6 mois. Maintenant et jusqu´à ce que nous quittions le Spitsberg dans un peu plus de 15 jours nous ne verrons plus le soleil se coucher.


Mardi très tôt, Bert à la chance de voir un Orque épaulard lors de ses comptages. Il n´y a plus que Bart qui devrait voir l´espèce maintenant, on le sent motivé. Le reste de la journée les comptages ne sont pas très enthousiasmant, le fulmar archidomine. C´est en tout cas vrai jusqu´à ce que nous passions à proximité de Jan Mayen et que nous passions de la mer de Norvège à la Mer du Groenland.
Nous sommes un peu trop au sud pour voir cette ile qui est en fait une montagne de plus de 2000m de haut plantée au milieu de nulle part. Mais les oiseaux sont plus nombreux et nous voyons nos premiers alcidés en nombre. Il y a d´abord quelques précurseurs comme ce Mergule épuisé qui se pose à bord et encore plus étonnant un Courlis corlieu égaré qui accompagne le bateau pendant environ une heure.

Plus tard nous verrons outre les fulmars toujours très nombreux, de plus en plus de Guillemot de Brünnich, de mergules et quelques Macar
eux moine. Le premier Goéland bourgmestre du voyage est aussi trouvé dans cette zone. Mercredi nous atteignons le pack, tout est glacial Hyperoodon, fulmar, Océan tout est glacial aujourd'hui´hui, sauf la météo qui est particulièrement clémente. La température de l´air et de ´l´eau sont proches de zéro mais le soleil brille et l´impression est plutôt d´une croisière en méditerranée que dans le Grand Nord. Mais c´est vrai que les oiseaux et les mammifères que nous voyons sont bien des espèces arctiques.

Tôt le matin pendant mes comptages j´ai la chance d´observer un groupe de quatre Hyperoodon glacial, une espèce de baleine à bec associée aux mers froides de l´Atlantique Nord. J´avais vu son proche cousin du sud lors de notre traversée de Cape Town à l´Antarctique en décembre dernier. Il y a aussi régulièrement des Mouette tridactyle, Guillemot de Brünnich et Mergule qui volent près du bateau et qui permettent d´un peu diversifier les comptages qui avant se limitaient presque uniquement au fulmar!
À la fin de ma session de comptages vers 7.30 nous passons à bâbord d´une première grande plaque de glace, mais elle est bien isolée dans la mer.Deux heures et demi plus tard nous arrivons dans le pack et dès que nous sommes entrés dans le pack l´oiseau le plus abondant n´est plus le fulmar mais le Mergule nain, un tout petit alcidé qui est probablement l´espèce d´oiseau de mer la plus abondante de l´Atlantique Nord avec ses 5 à 6 millions de couples.

La di
versité est aussi un peu plus grande: il y a maintenant régulièrement des Goélands bourgmestre, des Sternes arctiques. J´ai ainsi pu ajouter la Mouette de Ross (un immature) et un Labbe à longue queue:Qui dit limite entre le pack et la mer libre dit phoques et peut-être Ours blanc. Tout le monde se met à scruter l´horizon mais si les phoques annelés (Pusa hispida, une nouvelle espèce pour moi) sont bien là, et en nombre, point d´Ours blanc jusqu´à maintenant: Mais nous devrions rester au moins trois jours dans la glace et donc...